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Charlemagne


L'unité dans la diversité


Charlemagne - Un précurseur étonnamment moderne

Charlemagne a bâti une première Europe dont les caractéristiques offrent de nombreuses similitudes avec l’organisation Européenne actuelle, bien sûr en tenant compte des importantes différences entre les deux époques. Charlemagne comme l’Union Européenne actuelle, devait conjuguer :

  • - Les éléments fédérateurs nécessaires aux échanges économiques, intellectuels et autres, avec
  • - l’autonomie de chaque pays et régions de l’Empire, lesquels pouvaient ainsi fonctionner en préservant leurs propres spécificités.

Présentation de l'Organisation générale de l'Empire de Charlemagne

Des décisions prises en Assemblée Générale

Au moins une fois par an Charlemagne convoquait l’Assemblée qui est censée représenter tous les hommes libres du royaume. Ces grandes Assemblées sont, soit des Conciles, soit des plaids.

Quand il s’agit de décider de campagne militaires ce sont les Assemblées du Champ de Mars, puis, par la suite, du Champ de Mai. Les différents avis recueillis servent alors à Charles pour prendre ses décisions.

Un Empire décentralisé et fédéral, multiculturel et respectueux des particularismes

Des Comtes gèrent des territoires importants ayant leurs règles propres. En fonction des coutumes locales, les Régions qui ont gardé l’identité de leurs peuples conservent une large autonomie. Les francs saliens appliquent la loi salique. Les aquitains, la loi wisigothe. Les Burgondes, la loi de Gondebaud. Les francs rhénans, la loi ripuaire.

Charlemagne fait transcrire et consigner les lois locales transmises par la tradition orale.

Son fils Louis le Pieux, Roi d’Aquitaine, se rend à la convocation de son père à Paderborn en costume gascon. Pépin un autre fils, roi d’Italie est le 3ème Roi des Francs. La Gascogne est dirigée par un Duc.

Une administration moderne pour un Empire avec des institutions fédératrices

Trois institutions qui assument des fonctions régaliennes :

  • - la Chancellerie qui s’occupe de la conservation des archives.
  • - la Chapelle pour les questions liturgiques et théologiques.
  • - le Comte du Palais pour la Justice.

Garant de la justice

Charlemagne accorde une grande importance à la justice. Il est adepte de la justice de proximité et aussi de la prévention. La justice est rendue après avoir entendu les plaignants. Lui-même se déplace parfois sur le terrain.

Un pouvoir local contrôlé par une rotation des fonctions

Des agents fédéraux, agissant en binôme, (un comte et un ecclésiastique) appelés Missi Dominici, contrôlent le pouvoir des seigneurs locaux. Ils rendent également la justice. Ils sont chargés d’inspecter des comtés autres que les leurs et habilités à enregistrer les plaintes contre les abus de pouvoirs ou le laxisme des comtes.

Des lois unificatrices

Charlemagne promulgue les capitulaires qui deviennent des lois écrites.

Un impôt proportionnel et généralisé pour l'aide sociale

Il s’agit de la dîme destinée à financer l’Eglise qui gère notamment l’aide sociale. Cet impôt correspond à un dixième des revenus fonciers de chaque fidèle. Sur le plan social, il libère les paysans endettés en interdisant l’usure, il fixe un prix maximal pour le blé.

Une unification monétaire avec une monnaie commune

Il crée une monnaie unique (à son effigie et sa signature) avec un véritable système de compte : 1 sou = 12 deniers.

Il utilise le métal argent et regroupe les lieux de frappe.

Une unification des normes

Il normalise les poids et les mesures, afin de faciliter le commerce entre les comtés, mais aussi pour limiter les litiges, et ainsi, accroître la richesse. Le pied de Charlemagne a servi d’unité de mesure .

Une unification des rites religieux

Il fait travailler ses experts pour relire la Bible et la transcrire à partir des originaux dans une version unifiée et dans la langue de référence qu’est le latin. Il impose également une pratique liturgique avec l’obligation de l’utilisation du chant Grégorien.

Une priorité pour l'Education

Création d’ écoles rurales gratuites dans les bourgs et les villages, en respectant les différents niveaux :

  • - paroissiales pour le primaire
  • - épiscopales pour le secondaire
  • - monastiques pour les cadres supérieurs de l’Empire

On y apprend aussi bien la grammaire, la rhétorique, et la dialectique puis l’arithmétique, l’astronomie, la géométrie et la musique. Ce sont les arts libéraux, suivant le modèle antique et la transcription qu’en a faite Bède le Vénérable.

On instaure un sage docteur dans chaque cité épiscopale pour gérer les recrutements et les contenus.

Un fonctionnement « au mérite » est mis en place, sans avantages pour les enfants des privilégiés selon le récit d’Otker. Finalement, ce système peut être considéré comme l’origine de la création des Universités.

Epris de culture et favorable aux Arts

Homme de guerre épris de Culture, Charlemagne favorise l’expression artistique dans tout le royaume. Il regroupe les différents grands artistes de l’époque, en jouant le rôle de véritable mécène.

Aix devient la patrie des artistes, avec le développement de toutes sortes d’objets liés à l’orfèvrerie, aux émaux, au travail de l’ivoire, du verre.

C’est ce que l’on appelle la « Renaissance Carolingienne », c'est-à-dire le Renouveau de la culture classique et des études, la sauvegarde de nombreux auteurs classiques, la redécouverte de la langue latine et la promotion des arts libéraux qui visent la connaissance du vrai. Cette renaissance, partie de la Cour, se répandra dans toute l’Europe.

Charlemagne crée « l’Académie Palatine ». Il y regroupe les grands penseurs de son temps, en réalisant le tour de force d’associer aussi bien des francs, un lombard, un wisigoth d’Espagne, un wisigoth d’Aquitaine, des italiens, des irlandais, un anglais, un allemand, mais aussi des femmes comme Gisèle sa sœur, Lucie sa fille qui participaient aussi à des réunions communes avec les grands du royaume.

C’est un lieu de bouillonnement intellectuel auquel prend part Charlemagne.

L’école du Palais regroupe l’Elite - personnes recommandées pour leurs performances intellectuelles.

Communication et transmission

Il fait adopter une écriture simple : la Caroline. Ecriture qui sera d’ailleurs choisie par les humanistes et les imprimeurs de la Renaissance. C’est notre écriture actuelle.

Il fait construire des Bibliothèques.

La place de l'Histoire

Il fait copier scrupuleusement les livres originaux venus de Rome. Cela favorise un retour aux sources et évite les interprétations fallacieuses, germes de divisions.

Un clerc tient à jour la chronique des évènements du règne, consignés dans les Annales Regni Francorum.

Un bâtisseur audacieux - L'édification d'une capitale

En raison de l’agrandissement de l’Empire, il choisit de se construire une capitale non loin des Ardennes et de la Meuse, dont est originaire sa famille depuis Pépin de Landen et Pépin de Herstal.

Il l’installera sur une ancienne ville d’eau Romaine - et la dotera d’une Cathédrale et d’un Palais - capable de rivaliser avec les autres grands pouvoirs de la planète du monde connu : l’Empereur de Constantinople, le Pape, et le Calife de Bagdad.

Dans tout l’Empire plus de 200 Cathédrales sont mises en chantier comme l’église de Saint Denis, ou celle de Fulda, ainsi que de nombreux Monastères.

Un visionnaire pour l'aménagement territorial prenant en compte la taille d'un Empire

Il entreprend la construction d’un canal pour relier le Rhin au Danube, qui sera réalisé … 1200 ans plus tard…

Une capacité à dialoguer avec d'autres civilisations

Charlemagne s’est allié au Calife de Bagdad, Aroun al-Rachid. Celui-ci lui propose de devenir le protecteur des lieux saints du Christianisme en Palestine et lui offre un éléphant blanc « Aboul Abass » pour sceller cette alliance.

Parallèlement, il cherche à établir un modus vivendi avec Constantinople, allant jusqu’à envisager d’épouser l’Impératrice Irène.

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Ce document apparaîtra à certains comme un panégyrique de Charlemagne qui met en avant plus des aspects positifs de son bilan que ceux que l’on pourrait contester.
Par exemple je n’évoque pas le massacre des 5000 Saxons perpétués après la bataille de Verden. Je n’évoque pas non plus le fait que son Empire ne lui a pas survécu longtemps et qu’il n’a pas toujours été magnanime comme lors du baptême de Witukind.

Cela est assez volontaire, car je ne voulais pas faire un travail d’Historien que nous pourrons laisser à des Hommes de l’Art, mais, en revanche, j’ai voulu mettre en évidence la richesse de ses réalisations que l’on a souvent tendance à limiter à la constitution d’un Empire par des moyens militaires.

Je me suis néanmoins appuyé sur l’ouvrage de Céline Bathias Rascalou (Charlemagne et l’Europe), et sur la présentation des Rois de France réalisée par les éditions Atlas.

Cela a été bien plus que cela, et même s’il faut relativiser tous ces éléments de la mémoire historique tout en les contextualisant. Il n’en demeure pas moins opportun en cette période d’absence de repères, de retrouver la mémoire d’une période et d’une œuvre qui peut encore beaucoup nous apporter car elle permet un certain recul historique par rapport aux temps présents.


Noël Orsat

Secrétaire Général de l’Association Via Charlemagne - Initiateur du Projet